La géométrie du savoir

Avant l'informatique, lorsqu'on voulait effacer la mémoire de quelqu'un, on brûlait ses livres, on rasait sa maison ou son tombeau. Aujourd'hui, dans le monde dit de l'information, il suffit de presser la touche "delete". Avec "delete", on peut en sortir aussi vite que l'on y est entré. Ainsi, c'est avec une certaine tristesse que j'ai vu disparaître d'internet le site de Jude Wanniski, un ancien du WallStreet Journal, ou encore que j'ai du "deleter" la correspondance email avec un copain d'université décédé, qui avait fait un bon bout de chemin en politique belge.
Un jour, mon fils a ramené de son collège un livre d'introduction générale à la philosophie de 1927 d'un certain E. Baudin. Le livre était destiné à une opération de recyclage de papier. L'évènement fut un rappel du caractère ephémère de la connaissance et que la mémoire n'est pas suffisante pour donner de la consistance au savoir.
Tous les outils créés par l'homme pour mieux comprendre l'univers ne font souvent que du "fitting" de lois préexistantes qui, par nature, ne "parlent pas mathématiques" mais qui, pourtant, portent en elles des principes pouvant être symbolisés par des représentations (mathématiques ou autres) inventées par l'homme. Cette possibilité de création symbolique facilite les échanges, la communication et ne fait bien entendu pas de l'homme le créateur des ces lois, bien qu'elle lui donne, le cas échéant, la faculté de les répliquer. La connaissance dépend du language et le language n'est pas savoir. Prétendre que les sciences sont au sommet du savoir revient à considérer le savoir comme étant vertical. Or, les indiens de tributs reculées qui connaissent les facultés curatives de certaines plantes parce que "les plantes leur ont parlé", savent "mieux" que certains docteurs en philosophie adeptes d'une soit-disant échelle du savoir. Les sciences permettent de voir plus loin et non nécessairement plus haut. Le savoir est multidimensionnel et sphérique et non vertical.

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